Portrait de Sylvie Le Moal
Nous sommes en 1995, Bruno et moi, jeunes mariés, nous installons dans ce charmant petit appartement, tout à la joie de notre nouvelle vie. Sur notre palier, une porte toujours fermée cachait une vieille dame, une très vieille dame du nom de Simone. Une dame seule, digne, un de ces trésors oubliés des immeubles parisiens. La porte close finit par s’entrouvrir, en même temps que naissait notre amitié. Je lui rendais quelques menus services, les seuls qu’une vie professionnelle intense m’autorisait. La vie, pour elle, s’organisait autour de la visite du médecin, un peu désabusé, et la garde alternée de deux jeunes Marocaines très dévouées. Elle aimait par dessus tout les petits sablés de chez Fauchon, qu’elle grignotait par quart. J’ai souvent couru à l’autre bout de la rue Mouffetard acheter les précieux biscuits. J’avais un peu retrouvé une grand-mère, elle n’avait jamais eu d’enfant. Un jour, elle me confia ses clefs, rassurée à l’idée qu’ainsi, il me serait plus facile de lui porter secours. Au retour d’un long week-end, elle n’était plus là … Transportée d’urgence vers l’hôpital le plus proche. Je courais à son chevet puis allais et venais quotidiennement transportant toutes sortes d’objets impossibles qu’elle me réclamait à chaque fois. Un soir, Simone décida de s’endormir définitivement. J’ai conservé d’elle un vrai trésor, dont je suis à jamais l’unique héritière celui d’une très précieuse amitié.